Friday, April 06, 2007


Des années après la guerre, la faim, les morts, les camps, les mariages, les séparations, les divorces, les livres, la politique, le communisme, il avait téléphoné. C'est moi. Dès la voix, elle l'avait reconnu.
C'est moi. Je voulais seulement entendre votre voix. (...) Sa voix avait tremblé, c'est alors qu'elle avait reconnu l'accent de la Chine du Nord. (...)

Il avait dit que pour lui, c'était curieux à ce point-là, que leur histoire était restée comme elle était avant, qu'il l'aimait encore, qu'il ne pourrait jamais de toute sa vie cesser de l'aimer. Que'il l'aimerait jusqu'à la mort.

Il avait entendu ses pleurs au téléphone.
Et puis de plus loin, de sa chambre sans doute, elle n'avait pas raccroché, il les avait encore entendus. Et puis il avait essayé d'entendre encore. Elle n'était plus là. Elle était devenue invisible, inateignable. Et il avait pleuré. Très fort. Du plus fort de ses forces.

Marguerite Duras, 1991

1 comment:

C'est moi said...

Il n'était plus là. Il était devenue invisible, inateignable. Et elle avait pleuré. Très fort. Du plus fort de ses forces.